Loin de moi l’intention de présenter une image faussée de mon pays. Humainement nous avons toujours tendance à gommer nos fautes, maquiller nos imperfections pour nous présenter devant les autres. Nous (Haïti) avons beaucoup de problèmes et nous en sommes conscients. Ou du moins j’en suis conscient, mais depuis quelques jours j’ai décidé de regarder le pays avec des yeux plus optimistes. L’intention est surtout de partager avec vous le rythme de vie des provinces du pays. Certains d’entre vous préfèrent prendre l’avion pour aller visiter ailleurs, libre à vous. Mais laissez-moi le loisir d’errer dans les rues de mon pays et d’y découvrir les trésors enfouis.

L’aventure continue, le week-end dernier Petit-Goave avait supporté mon regard fouineur et curieux dans ses rues. Cette semaine, sur l’invitation d’un ami, je dépose mes valises dans la ville de Léogane, reconnue pour son Rara, sa production de canne-à-sucre et son clairin, breuvage très prisé et très utilisé dans la fabrication de certaines liqueurs.

 Léogane, ses lieux, ses personnages et ses événements

Pour la causette entre amis, la Place Anacaona.

La place Anacaona domine le centre-ville et profite aux Léoganais pour une petite pause durant la journée. Elle est munie d’un espace de jeux pour les enfants, d’un terrain de basketball et d’un espace de spectacle. Reine Anacaona domine l’entrée de la place, fière et majestueuse.

Pour la culture et la connaissance, la bibliothèque Marie Claire Heureuse.

Bibliothèque Marie Claire Heureuse

Haut lieu de rencontre et d’échanges culturels, la bibliothèque Marie Claire Heureuse est un pied-à-terre pour les Léoganais. L’espace offre une bibliothèque aux rayons achalandés, une salle informatique, une grande salle de lecture et une scène extérieure pour concerts et autres activités en plein air.  Entre conférences, concerts, ventes signatures et soirées lectures, la bibliothèque est l’adresse des amants du livre et de belles rencontres.

Pour la danse, le Rara.

A Léogane, le Rara est un patrimoine culturel préservé et enrichi par les habitants de la zone. Une activité qui résiste au temps et à l’acculturation. Le Rara réunit toutes les couches de la population, indépendamment du sexe, de l’âge, de la religion et des positions sociales. Danser le Rara s’apparente presque à une religion pour le Léoganais. Pendant le carême, de mars à avril, c’est un événement culturel qui met les projecteurs sur la ville, y draine des touristes et une diaspora qui n’attend que ce rendez-vous annuel. Le dimanche de Pâques, toute la population se réunit au centre-ville pour le mythique défilé annuel des bandes de Rara.

A Léogane, les groupes Rara sortent la nuit. Des éclaireurs portent des lampes pour éclairer le parcours des musiciens et des danseurs, tard le soir ou très tôt le matin. Il n’y a pas d’heure pour danser. Le son du Rara est une harmonisation des instruments comme le tambour, le trombone, le piston*, le vaksin*, le bambou, le graj* et le cornet*. La fleur, Modèle et Ti Malice, sont les trois ténors en matière de Rara à Léogane. 

*Certains instruments sont fabriqués de façon artisanale

Pour l’économie, la production du clairin

Broyeur

La production de Clairin représente l’un des piliers de l’économie léoganaise. J’ai eu le privilège de visiter une guildiverie, là où la magie de la production s’opère. Après la coupure et le nettoyage, la canne-à-sucre est rangée par lot pour le broyage. Le ‘’vin’’, ainsi qu’on appelle le jus sorti du broyage, est reposé dans des tonneaux en métal pendant 3 ou 4 jours. Lors de ce processus, le vin de la canne est fermenté, le sucre se transforme en alcool et d’autres ingrédients y sont ajoutés. Après la fermentation, le produit est chauffé sous haute température dans une bouilloire et est ensuite disponible pour consommation.

Bouilloire

Vie Nocturne

A Léogane, l’heure n’est qu’une durée, la ville ne dort pas. D’ailleurs la nuit est plus rythmée que le jour. Les bars traditionnels (Massage, Kadans, Obsession, pour ne citer que ceux-là) ouvrent leurs portes, d’autres sont improvisés sur les trottoirs, du moment qu’il y a un peu de musique et de la bière. Des soirées de danses latines sont programmées pour ceux qui veulent boire la nuit jusqu’à la lie. Les marchandes de friture, de rafraîchissements et de breuvages traditionnels à base d’alcool désaltèrent ces messieurs et dames.

Ses personnages

Reine Anacaona (Image: mensuellemonde.com)

 

A chaque ville ses personnages historiques, culturels ou politiques. La population s’en inspire et s’en vante avec orgueil. La reine Anacaona, du sobriquet fleur d’or, vu son étonnante beauté, est l’une des figures historiques de la ville. Elle aura marqué l’histoire du pays avec sa fougue et ses nombreux talents.

 

 

Carole Demesmin (Photo: Potomitan)

 

 

Carol Demesmin, chanteuse et porte étendard de la culturelle haïtienne sur les planches internationales, dont la lutte est la sauvegarde de la culture traditionnelle haïtienne.

 

 

 

Carlo Marcelin (photo: www.totalmixradio.com)

 

Carlo Marcelin, ancien joueur de football (médian défensif de l’équipe Cavali de Léogane) et ex-entraîneur de la sélection nationale, actuellement  secrétaire-général de la Fédération haïtienne de Football FHF.

 

 

Pascal Milien (photo: www.armadafc.com)

 

 

 

Pascal Milien, joueur international haïtien qui joue en 2e division aux États-Unis. Son ultime but face à Trinidad avait permis au pays de se qualifier au Copa America Centenario en 2016.

 

 

Faits historiques

Le 2 avril 1800, Jean Jacques Dessalines épousa Marie Claire Heureuse à l’église paroissiale Sainte-Rose-de-Lima.

 

 La ville est ouverte aux visiteurs, faites-vous plaisir.