A Port-au-Prince, une exposition à ciel ouvert

Je passe devant cette exposition à ciel ouvert matin et soir à Port-au-Prince, en Haïti. Souvent, je me laisse imprégner par cette pluralité de couleur et ces formes qui cherchent à exprimer la beauté dans l’inexprimable. Un mur entier couvert de tableaux. Un mur d’expression. Je regarde ces visages, figés pour la plupart. Ces paysages colorés. J’imagine les mouvements des caractères, les couleurs qui s’entrechoquent pour s’harmoniser, l’histoire qui se faufile entre les matières. Le peintre qui mets les dernières touches et signe son œuvre quand il décide de la seconde dont l’histoire s’arrête.

L’histoire ne s’arrêtera jamais, me murmure une petite voix. Le peintre met un point. Fatigué de ses nuits blanches, de ses multiples tasses de café. Le spectateur s’émerveille devant l’ingéniosité, devant le besoin de s’évader.

La peinture de rue au cœur de Pétion-Ville

Ces peintres ou créateurs d’illusions comme je les appelle secrètement, campent à la rue Pinchinnat tous les jours. Rue très passante et très fréquentée pour ses hôtels, restaurants et boutiques, elle est le lieu de rencontre de certains touristes voulant apporter un peu d’Haiti dans leur pays.

Les peintres-vendeurs exposent leurs œuvres face à la rue, à un pas du trottoir, indifférent du jugement des passants, indifférent des klaxons de voiture qui ajoutent du bruit, réinventent et mésinterprètent les échos de leur rêve. D’autres rêveurs comme eux s’arrêtent dans leur marche, gare leur voiture, achètent une toile. L’histoire continuera. L’aventure se veut éternelle. On retrouvera ce genre d’exposition à plusieurs endroits de la capitale haïtienne, notamment à Delmas et sur la route de Bourdon.

Cristalliser l’irréel

Ce spectacle haut en couleur s’offre tous les jours aux regards des passants circulant dans cette ruelle. Tous les matins, les peintres-vendeurs s’installent sur le trottoir et prennent en otage ce long mur servant de clôture à une école primaire. A côté de l’exposition qui capte l’attention, des œuvres prennent naissance au beau milieu du remue-ménage. La rumeur de la rue n’est pas un obstacle à la création. Dans ma volonté d’en savoir un peu plus, je croisai la route d’un passionné qui a accepté de m’ouvrir les portes de son univers.

Jacques Junior, son expérience avec la peinture

Le peintre Jacques Junior en plein travail

« La peinture m’est venue un peu par hasard », m’explique Jacques Junior. « J’ai commencé à peindre en 2003, Je n’avais aucune influence dans mon entourage. Elle est venue par hasard parce que j’avais essayé bien de métier avant de trouver ma grande passion. J’ai essayé la maçonnerie, la ferronnerie, la charpenterie et tant d’autres activités mais je ne me suis pas retrouvé. Il n’y a pas eu cette étincelle dont je cherchais désespérément ». 

« Au fil du temps, je me suis converti en vendeur de tableau. Je vendais les œuvres des autres. Subjugué par les couleurs, sans pouvoir vraiment l’expliquer, je me suis mis spontanément à tracer au crayon. Puis au fur et à mesure, l’amour de la peinture s’est installé jusqu’à devenir mon métier et mon gagne-pain aujourd’hui. J’ai enfin trouvé cette étincelle que je cherchais. On fais un métier pour subvenir à ses besoins, mais on le fais aussi par passion.  En tant que peintre, je fais des portraits, des paysages, des marines, de l’abstrait, que ce soit une commande ou un tableau que je fais par pure plaisir, je me donne à cent pour cent. Haiti a beaucoup à offrir au monde et  j’éprouve de la fierté quand un touriste part avec une toile, je sens qu’une parcelle joyeuse du pays s’en va vers d’autres terres, raconter notre histoires avec des mots plus colorés, plus vivants ».

Jacques Junior cumule 14 ans dans le métier et il le fait avec la même ardeur, la même passion du début. Chaque jour, de nouveaux visages, de nouvelles couleurs, des pans d’histoires naissent, dans un murmure que le commun des mortels ne sauraient saisir. La peinture comme arme pour braver l’éternité.

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