Carnet de bord, Haïti dans toutes ses nuances

20160703_102822Je ne sais plus quel livre d’aventure est-ce que j’ai lu, qui m’a mis dans la tête d’être un nomade. J’ai subitement voulu en être un, sans port d’attache, sur la route, trimballant mes rêves dans un grand sac, en quête d’aventure, d’inconnu et d’émerveillement. Ça me paraissait si beau, la définition même de la vie. Mais la réalité est que chacun de mes voyages laissa une marque en moi. Chaque fois que je dois faire mes malles, excité vers cet ailleurs tant convoité. Puis vint l’heure de rentrer, de payer la facture de l’hôtel, de demander la recette du poulet à la dame du restaurant, de regarder cette balançoire sur la grande place publique pour la dernière fois, de dire au revoir à ceux qui nous ont ouvert les portes de leur ville.

C’est humain de vouloir voir du monde, de voir d’autres cieux, d’autres nuances de bleu. C’est peut-être bon pour le moral de casser un peu le rythme, briser la routine. Ça aide à grandir diront certains.

Je me rappelle de Jérémie, surnommée ville des poètes. Une ville qui a ses artères plantées dans la mer, d’un bleu trop intense, d’un vent salé porteur de rêve et d’espoir. J’y ai rencontré Maurice Léonce, un gardien de la mémoire, il porte ses 95 ans aujourd’hui avec vigueur et beauté. J’aime cette ville et ses toitures, ses Gingerbread, l’anse d’azur et ses dizaines de contrées, toutes, regardant la mer droit dans les yeux. Dame-Marie, touffue sous une couche de végétation, drue et intensément vert. Une ville dominée par la cloche de son église qu’on aperçoit à des kilomètres. Dame Marie est aussi la saveur d’un plat de l’arbre véritable frit et du lambi grillé mangé à belle dent chez les Wiener. Une ville qui exporte le café dans tout le pays et sur l’étranger.

La ville des cayes, la permanence, la nonchalance, l’énergie des jeunes. Un poisson dégusté avec ses doigts, accompagné d’une bouteille de trempé.

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Cap-Haitien, deuxième plus grande ville d’Haïti. J’ai aimé les crépuscules, les pêcheurs bravant la mer sous les rayons jaunâtres d’un soleil qui paresseusement se lève. Les cours intérieurs, les fours à pains de l’époque coloniale. La courtoisie et la fierté des Capois. Une ville contrastée entre histoire et modernité. Sainte Suzanne, un rythme de vie cadencée, une rare sérénité.

Ouanaminthe, l’une des portes d’entrées d’Haïti, vibre sous le poids de l’urbanisation. Balance entre un luxe importé et les patrimoines enfouis dans la terre.

J’ai vu les yeux pétillants de curiosité de Jean Elie Gilles, de Michael Craan, comptant l’histoire de Jacmel aux visiteurs en quête de savoir et d’exotisme. Thiotte dort sous une nappe de brouillard. Perchée à 956 m d’altitude, on doit emprunter le long couloir de la forêt des Pins pour y accéder. On traverse le cœur de la forêt avec l’impression d’etre dans la saga du Seigneur des Anneaux.

Entre orgueil et préjugé, Bélladère fut construit par le président Dumarsais Estimé en 1948. Porte d’entrée orientale du pays, située dans le département du Centre, érigée dans le but d’une douce concurrence avec la République Dominicaine.

Je n’oublierai surement pas les trésors de la Grand’Anse ; Moron, Chambellan, Anse D’azur, Abricots, Anse du Clerc. Ceux du Nord et du Nord-Est ; Plaisance, Limbé, Ferrier, Limonade, Trou du Nord, Fort Liberté, Caracol. Le Sud ; Meyer, Raymond les Bains, Bassin Bleu, Kabik, Seguin, Cyvadier, Marigot. Le Centre ;  Mirebalais, Saut d’eau, Hinche, Papaye, Bassin Zim. Et tant d’autres villes qu’il me reste à découvrir.

 Haïti est toute une expérience. C’est aussi des images et des scènes de vie bouleversante. Une tasse de café qu’on déguste face à la mer, des enfants insouciants qui se baignent nu dans les rivières, des pêcheurs heureux face à la trouvaille de la journée, des chutes, des fortifications, des arbres centenaires, des lieux où les héros de ces terres ont pris naissance, ont livré batailles, des lieux de pèlerinage, des Lakous, des couloirs qu’il ne faut pas emprunter et des légendes racontées à voix basse.

Je garde en moi ces milliers de visages, ces accolades, ces poignées de mains pour ces jours où je n’aurai ni la force, ni la liberté, ni l’argent, ni l’enthousiasme de voyager. J’aurai ces souvenirs tapis dans un tiroir, qui m’aideront à tenir mes vieux jours avec le sentiment d’avoir vécu quelque chose d’extraordinaire. Avec l’impression d’avoir été en quelque sorte, ce qu’au fond de moi je suis. Un nomade en quête de son point d’appui avec le monde.

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Crédit photo: Soucaneau Gabriel

7 réflexions au sujet de « Carnet de bord, Haïti dans toutes ses nuances »

  1. Te lire SOUCANEAU , c’est voguer sur ce navire où tu te tiens en bon capitaine. J’ai adoré découvrir entre tes lignes ses lieux que je n’ai pas encore visité.

  2. L’autre face d’Haïti). Et je reviens aux heureux souvenirs de mes dernières escapades dans les différents coins du pays (Jacmel, Port-Salut, Les Cayes, Cap-Haitien, Gonaïves…) loin des rumeurs étourdissants de la capitale qui inspirent le mal de vivre. Merci mon ami Soucaneau pour cette invitation au voyage, moi ce « nomade en quête de son point d’appui avec le monde ».

    • Merci d’avoir lu Me Petit-Frère. Ca me fait vraiment plaisir. Je pense que nous avons en commun ce besoin de donner à notre ame d’autres points de repères. Voyager est important pour mon équilibre, ca nous apporte beaucoup.

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