Elle se présenta à l’entrevue le visage nu, dénué de toute trace de maquillage, un sourire serein, enfantin. On passerait des heures rien qu’à la regarder, essayant à tout prix de voler une parcelle d’elle-même, de son énergie, de ce lieu de sérénité où elle se trouve. Aujourd’hui, Gessica est une femme, une mère, une épouse, la sœur qu’on aurait tous aimé avoir, et par-dessus tout une actrice qui trace sa marque sur la scène internationale, et enfin, une professionnelle qui suit ses ambitions.

Cette entrevue a eu lieu en mars dernier, en prélude à la célébration de la Journée Internationale de la Femme. Gessica a partagé avec nous sa vision de la Femme Haitienne d’aujourd’hui.

Photographe: Verdy Verna
Photographe: Verdy Verna

Quelle est ta vision de la femme haïtienne d’aujourd’hui ?

Pour moi, la femme Haïtienne d’aujourd’hui est plus un concept qu’une réalité. Les mots utilisés par la société pour parler de la femme haïtienne sont tellement flatteurs. Femme forte. Poto Mitan. Des qualificatifs qui vous donnent envie de rencontrer cette femme haïtienne tant couverte d’éloges. Mais dans la réalité on trouve plus de femmes écrasées par la vie, des femmes mises à l’écart, des survivantes. La femme Haïtienne n’est pas épanouie comme on voudrait nous le faire croire. La réalité est autre chose.

 Ta définition de la liberté.

Être en parfaite connexion avec moi-même, être consciente de mes actions, de mes décisions. Être consciente de l’influence de mes décisions sur les autres, celle des autres sur ma vie. Comment mes actions peuvent influencer mon quotidien ? Ma quête de liberté ressemble à ça.

Comment vois-tu la femme haïtienne de demain ?

Pour moi la femme haïtienne de demain n’existe pas encore. C’est vrai que j’ai rencontré des femmes extraordinaires, mais leur voix n’ont pas encore fait écho. Elles doivent être entendues, elles doivent commencer à inspirer les autres, pour que commence à cristalliser l’idéale de cette femme haïtienne de demain. Cette femme libre, épanouie, consciente d’elle-même, en paix, en paix d’être une femme, en paix d’être porteuse de vie, consciente de son combat. On doit se faire entendre, on doit raconter notre histoire, notre quotidien pour faire équilibre à cette idéale, à cette forme que la société nous propose et qui nous dit voilà comment la femme doit-être.

Gessica, tu es dans un lieu de sérénité, de silence, de paix ? Comment a été cette quête de paix intérieure ?

J’ai eu une adolescence très troublée, n’étant pas née dans une famille aisée, j’ai dû faire face à beaucoup de défis. Aussi intérieur qu’extérieur. Des complexes dus à l’adolescence. Arrivé à un carrefour de ma vie, j’ai décidé de prendre le contrôle de ma quiétude. J’ai décidé d’être sereine. J’ai compris aussi qu’on ne devait pas laisser le soin aux autres de nous rendre heureux, que nous ne pouvons pas déléguer nos priorités aux autres. L’équilibre est en nous, il faut juste la trouver.

 Comment vois-tu la célébration du 8 mars ?

Pour moi, ce n’est pas une journée de célébration mais plutôt de commémoration. Une journée de réflexion sur ce que nous avons accompli, de voir où l’on est et ce qu’il nous reste comme chemin à parcourir.

Tu es actrice, qu’est-ce que ton métier t’apporte de spirituel ?

Je suis obsédée, curieuse de l’autre et je suis en constante observation des mutations du genre humain. Mon métier me permet cette liberté d’être au cœur de l’autre, d’entrevoir l’âme humaine. Chaque projet, chaque film, chaque scénario me permet de pénétrer un univers. De voir d’autres mondes, d’autres visions, de découvrir d’autres lieux. Le cinéma traite de l’humain, ça m’apporte beaucoup et me permet de grandir sur plusieurs aspects de ma vie.

 Où fais-tu le plein d’énergie pour faire l’équilibre ?

J’en puise partout, mon mari, mon fils, ma mère, ma sœur, mon travail, mes projets. Je suis entourée d’amour et de passion.

Conseils aux jeunes.

Je dirais aux jeunes de cesser de vivre dans l’instant, de faire en sorte que leurs vies aient un impact positif sur les autres. Visez l’éternité, visez le durable.  ‘’Pran kle lavi nou nan men moun nou bay li a, pran kontwol tèt nou’’

N.B: Entretien publié dans les colonnes de RD Magazine en avril 2016