Port-au-Prince, ville de contrastes

afrique.lepoint.fr

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Je vis dans cette ville de contrastes où mille réalités s’enchevêtrent, où toutes les facettes de la vie sont présentes, palpables et où toutes les émotions se manifestent : l’amour, la haine, la jalousie, l’hypocrisie, la colère, le mépris. Où on peut tout expérimenter : drogue, orgies et exotisme. Une ville où la sexualité est taboue dans les conversations pendant le jour, pourtant la nuit les masques tombent, on peut tout se permettre, plaisirs ou vices. Une ville où les nuances de couleurs sont loin d’être ce que vous voyez.

Quelle est la vue qui s’offre à vous en vous réveillant le matin ? Avec quelle paire de lunettes regardez-vous la Ville des Princes ? Cette ville qui, deux siècles plus tôt, recevait des cargaisons d’esclaves par milliers. Qu’est-ce que cette ville vous inspire ? Bonheur ? Dégoût ?

De mon côté, j’ai vu quelques-unes de ses facettes. L’amour et la haine dans une danse endiablée. La violence dans sa version la plus brute. La richesse côtoyant langoureusement la pauvreté. Ce soir j’ai dormi avec la baie de Port-au-Prince en toile de fond. La mer, masse argentée caressant les racines de l’horizon. Un Port-au-Prince boisé, vert, nonchalant, où le vent circule mielleusement dans les arbres, s’offre à mon admiration. Oui, ce Port-au-Prince-là existe, aussi concret que celui dans lequel des crimes sont commis en plein jour. Cette ville bordée de bidonvilles, dans lesquelles dix personnes dorment dans une  chambre exiguë, et où deux cents prisonniers croupissent dans une cellule construite préalablement pour dix.

Il y a ce Port-au-Prince des nantis, où la nourriture n’est ni un défi ni une nécessité mais juste une énième activité du quotidien. Ce Port-au-Prince où l’argent coule, où on change de voiture tous les hivers, où on a déjà visité les plus grandes villes du monde.

Il y a ce Port-au-Prince de privation, où on ne rêve que de nourriture, où avoir un plat chaud représente un parcours du combattant quotidien. Ce Port-au-Prince où l’argent se fait très rare, où on vit en dessous d’un dollar par jour. Où le minimum est luxe et folie. Où, pour combler l’errance et l’oisiveté, certains se réfugient dans des substances stupéfiantes.

Il y a ce Port-au-Prince des opportunistes, où se frottent sénateurs, députés et ministres, militants et activistes politiques, journalistes et autres assoiffés de pouvoir et de reconnaissance. Ce Port-au-Prince, vous n’y avez pas droit ! Vous ne le verrez pas non plus à la télé. Dans cette arène se joue le devenir du pays, entre rasade de rhum et barbecue autour de la piscine le samedi soir. Les uns connaissant les petits penchants des autres, les postes se vendent ou sont offerts à ses amis ou à sa famille. Les millions y brûlent comme du feu de paille.

Il y a ce Port-au-Prince des rêveurs, où se mêlent écrivains, éditeurs, peintres, danseurs, acteurs, mannequins, journalistes, ils se rencontrent, trinquent et fument, baisent, se congratulent et s’enorgueillissent. Ils trinquent à la parution d’un livre, célèbrent un défilé de mode, critiquent le prochain album d’un musicien. Ceux-là, bien que planqués derrière leur narcissisme, donnent encore un sens au quotidien à travers leurs œuvres. De leur trône, ils décident qui sera en couverture, qui mérite leur approbation, qui mérite une bonne presse ou qui mérite d’être écrasé à plate couture.

Il y a ce Port-au-Prince puant, où tout  diplôme de l’étranger vaut plus qu’un diplôme d’une université locale, où un étranger est cent fois mieux payé qu’un professionnel haïtien. Ce Port-au-Prince de caste. Ce Port-au-Prince où toutes les portes vous sont ouvertes parce que votre peau est plus claire et que vous descendez d’une certaine lignée. Ce Port-au-Prince où un professionnel qualifié est au chômage. Où on doit coucher pour le poste malgré ses nombreux diplômes aux mentions qui font rougir.

Il y a ce Port-au-Prince évanescent,  où l’on ne rêve que de l’ailleurs, où beaucoup sont déjà partis vers leur eldorado imaginaire (le Brésil, le Chili, l’Argentine, la République Dominicaine, les Bahamas).

Il y a ce Port-au-Prince des puissants que rien n’arrêtent. Il y a ce Port-au-Prince des victimes qui paient de leur sang les lubies des puissants.

Il y a ce Port-au-Prince où je suis, fin observateur des tendances, buveur invétéré de café ou de vin si le temps s’y prête, amant de littérature, griffonnant tout ce qui me passe sous les yeux.

Quelle facette de Port-au-Prince s’offre à vous ?

www.lescacosnoirs.com

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4 réflexions au sujet de « Port-au-Prince, ville de contrastes »

  1. Mon Port-au-Prince est fait de « black-out », baigné dans un noir terrifiant et où l’eau glacée du frigo le matin confirme que l’électricité fonctionne encore dans ce pays!!!

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