Trouver des repères à Orléans est une étape importante dans mon installation et mon intégration. Déjà quatre semaines à errer dans les rues d’une ville qui m’a ouvert grandement ses bras, à m’émerveiller devant de somptueuses architectures, à écouter et à apprécier l’Histoire écrite dans chaque coin de rue et dans chaque pan de mur, à jauger discrètement les passants. Je voulais avoir des repères un peu plus palpables, donc je me suis tourné vers les saveurs et les lieux. Le café est délicieux mais la tasse trop petite. Dans les Caraïbes, on ne goûte pas le café, on s’en gave à longueur de journée. Je reviendrai sur ce chapitre.

La crêperie

Ma première vraie rencontre avec la gastronomie locale fut dans ce petit resto très convivial de la rue de Bourgogne. Le serveur est courtois, la voix rassurante, des yeux marron clair très curieux qui, d’entrée de jeu, séduit le client et l’invite à s’asseoir. Ce fut mon cas et celui de beaucoup d’autres aussi, j’espère. Le hic, quand on découvre une gastronomie pour la première fois, c’est qu’on n’a pas le luxe de pouvoir choisir. On contemple dans le menu le nom des plats et les images qui font venir l’eau à la bouche. On ne peut pas choisir librement parce que, tout simplement, on n’a aucune référence. Donc, découvrir la gastronomie devient toute une aventure. On se laisse aller aux couleurs, aux saveurs, (au prix) et à son humeur.

Quelques minutes plus tard, le serveur dépose le plat devant moi. Très beau visuel, c’est une crêpe américaine, fourrée de poulet, de crudités, parfumée au miel et de mille autres choses. Ce fut une très belle découverte, l’image et le goût s’harmonisent parfaitement. J’y ai pris du plaisir, chaque bouchée fut un vrai régal. Et depuis, je suis revenu une deuxième fois.

Le cinéma les Carmes

Pixabay
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Renouer avec les salles obscures étaient important pour moi. Je voulais retrouver le confort des fauteuils rouges et l’odeur salée des popcorns. Malheureusement les mythiques salles de cinéma dans la capitale haïtienne, Imperial, Capitol, Paramount (pour ne citer que ceux-là) ont fermé leurs portes depuis des lustres. Plusieurs générations ne connaîtront pas ce plaisir. Pourquoi le loisir est inexistant dans les programmes des gouvernements ? Quelle est la mission du ministère de la culture ? Si je continue avec les questions, ce billet deviendra un questionnaire sans fin.

‘’Nos années folles’’ est ma première projection au cinéma Les Carmes (il y a une bonne réduction pour les étudiants). Une ambiance intimiste, des affiches de films d’auteurs, des critiques accrochées au mur, on n’a pas l’impression d’être au cinéma, mais plutôt sur le plateau d’un film. La chanteuse Shy’m vibrait la jeunesse Orléanaise au Zénith d’Orléans ce jour-là, je me dis que c’est peut-être la raison pour laquelle je n’ai croisé que des personnes du troisième âge. Ma prochaine visite saura me le confirmer. Le Jeune Karl Marx réalisé par Raoul Peck sera bientôt à l’affiche.

Le Lac

Le Lac. Université d’Orléans

Mon âme a besoin de repères, de silence aussi. Pour penser à moi, à l’avenir, à ces êtres que j’aime éperdument, à mes projets d’écriture, cette activité qui panse mon âme.

Le Lac planté au cœur du campus de l’Université d’Orléans répond à ce besoin de se retrouver face à l’écho de sa propre voix. Je me suis retrouvé, à plusieurs reprises, à admirer cette masse noirâtre où sautillaient à leur rythme de petits poissons. Je viens là de temps en temps quand la solitude de ma chambre d’étudiant pèse un petit peu trop. Le vent froid et sec froisse mon visage et brûle mes doigts, de l’autre côté un pêcheur attend patiemment avec son son filet, il a un drôle de cigare dans la bouche, le bruit du vent dans les arbres adoucit la bête en moi. Je rentre les mains dans les poches, j’ai un texte à finir et des notes à réviser.

Entre la crêperie, le cinéma les Carmes et le Lac, je commence à trouver mes marques, n’est-ce pas ?