Soucaneau Gabriel

Escapade à Marrakech

Pour clôturer nos deux années de master avec tout ce qu’elles avaient de pression : dossiers à rendre, exposés à préparer, partiels et oraux réussis ou ratés, entre mémoires et soutenances, nous avons pris l’avion, Danielle, Marithsa et moi, destination Marrakech. Objectif : villégiature.

L’université est une expérience extraordinaire. C’est mon point de vue. C’est une affirmation qui peut ne pas faire l’unanimité, mais je persiste à le croire. Parallèlement à cette quête du savoir et d’une certaine compréhension du monde, c’est un lieu de rencontres et d’échanges déterminant pour notre avenir.

Après s’être apprivoisé en Master 1, le petit groupe d’amis que nous sommes devenus a longé ensemble les murs des amphithéâtres, des salles de cours et des rayons des bibliothèques de l’Université d’Orléans. Ce voyage au Maroc est pour nous un moyen de mettre un point final à une aventure qui n’aura pas été sans embûches. Pour certains d’entre eux nous, l’aventure s’arrête ici. Tandis que pour d’autres, l’aventure ne fait que commencer (je me suis réinscrit dans un autre master, soif de découvrir d’autres univers). C’est ainsi la vie, nos chemins se croisent, se perdent, pour mieux construire l’être que nous sommes. Laissez-moi vous conter cette aventure, qui aura fortement marqué notre amitié.

A la descente de l’avion – ©Soucaneau

L’angoisse

Je n’aime pas prendre l’avion (j’en parle souvent dans mes récits de voyages, coup d’oeil sur celui-ci), mais j’aime découvrir d’autres lieux, d’autres cultures, d’autres visages, écouter d’autres points de vue sur la vie, découvrir d’autres saveurs, d’autres gastronomies : tout ce qui fait la richesse de notre différence et de notre unicité. Mais pour ce faire, il devient presque inévitable d’emprunter ce moyen de transport. L’angoisse est toujours là, mais la curiosité de découvrir d’autres contrées prend toujours le dessus. Avec les récents crash du modèle Boeing 737 Max, j’avais bien précisé à mes amis organisant l’aventure que je ne monterais pas dans ce modèle-là. Telle était ma stupeur, quand à 2 heures du vol, je me suis rendu compte que j’étais dans l’un d’entre eux, le Boeing 737-800, différent du 737-Max mais le 737 dansait dans ma tête pendant tout le voyage.

À ma droite, un couple asiatique dort profondément, se réveille de temps en temps pour manger des gâteaux, boire de l’eau, pour ensuite se rendormir. Un autre couple avec deux petites filles n’arrivent pas à rester en place, les fillettes ont jugé bon que le couloir de l’avion était leur terrain de jeu. Derrière le couple asiatique, une femme est plongée dans un roman, elle soulève la tête de temps à autre, scrute les comportements des passagers et prend des notes. Peut-être une écrivaine ou une journaliste, pensais-je. Un peu plus à l’avant, un groupe d’amis discute à voix haute, prend des selfies et planifie leur soirée en boite. A plusieurs reprises, un homme d’âge mûr, assis à l’avant de l’avion, traverse le couloir à pas cadencés, regarde tout le monde dans les yeux, ce qui agace Danielle. Moi, je regarde, je mémorise tout et je prie pour que cet engin me dépose à terre le plus tranquillement possible.

L’arrivée

Nous arrivons à Marrakech à 18h15, la chaleur du pays nous accueille dès l’ouverture de la porte de l’avion. Il fait 29°, le soleil brille de tous ses feux. Tout l’opposé de la température laissée à Paris, mais on est heureux d’arriver à bon port. Notre chauffeur de taxi nous attend avec le sourire. Sur le chemin vers le riad, il nous donne en quelques mots les pouls du pays, de la ville. C’est le retour d’un pèlerinage à la Mecque en Arabie Saoudite, l’aéroport est bondé, le parking impraticable. En laissant l’aéroport, je découvre l’architecture des maisons, les mélanges de couleurs, une circulation dense et dangereuse, une impression de déjà-vu, de déjà vécu (beaucoup de similitudes avec Port-au-Prince). Mais Marrakech avance, construit, modernise et regarde vers l’avenir.

Du thé à la menthe en guise de bienvenue

Thé marocain
Dégustation de thé – ©Soucaneau

Le salon tient une place importante dans l’architecture de la maison marocaine, c’est un lieu où on reçoit les amis, la famille et les étrangers de passage. Notre hôte nous reçoit dans ce grand salon aux motifs rouge qui surplombe l’entrée de la pièce. Nous nous asseyons, las de 6 heures de voyage (2 heures en bus et 4 heures en avion), une grande théière est posée au centre de la table, l’odeur de la menthe remplit tout le riad. Une manière de nous souhaiter la bienvenue sous les cieux marocains. Le thé au Maroc est un savoir-faire qui se transmet de génération en génération, un moment pour créer des liens, échanger sur des sujets de société.

Le riad

Notre riad, une maison couleur terre, fait partie d’un complexe, avec porte d’entrée et sécurité. Inspiré de l’architecture du centre historique du Maroc et décoré de manière traditionnelle, le riad allie tradition, modernité et confort. Le Maroc est reconnu pour la variété de ces riads, offrant aux touristes un logis confortable, à moindre coût. C’est aussi l’un des moteurs de l’économie du pays.

Premier jour

Le jardin Majorelle

Notre aventure marocaine débute par la visite du Jardin Majorelle, très prisé par les touristes. C’est un îlot de verdure et de calme au centre de Marrakech. En traversant la porte d’entrée, on est tout de suite happé par le cachet des lieux : fontaines, bassins de poissons aux différents coloris, coins détente, couloirs drapés de fleurs,  kiosques aux motifs du pays. Le décor mélange l’artisanat local, le savoir faire des peintres, sculpteurs et paysagistes locaux. Le jardin est la cohabitation parfaite de la nature et du centre-ville commerçant.

Ancienne propriété d’un peintre français, Jacques Majorelle, il a été acquis par Pierre Bergé et le créateur Yves Saint-Laurent en 1980. En 2008, après le décès de Yves-Saint-Laurent, Pierre Bergé fait don du jardin à la Fondation Pierre Bergé. Aujourd’hui, le jardin est dirigé par la fondation portant son nom, la Fondation Jardin Majorelle.

Le Jardin Secret

Notre journée se poursuit dans les rues de Marrakech, le soleil est assez doux et un vent frais souffle sur la ville. Après la découverte du jardin Majorelle, notre chauffeur-guide nous conduit vers un autre jardin situé au coeur de la ville, “le Jardin secret”, à l’intérieur de la médina. Aux alentours du jardin, des vendeurs proposent l’artisanat local. Une explosion de couleurs et de créativité.

Le Jardin secret est la cour du riad le plus antique de la médina de Marrakech, selon un pamphlet qui nous est remis à l’accueil. Il est composé d’un jardin exotique et d’un jardin islamique, de plusieurs fontaines et bassins qui démontrent l’importance de l’eau dans ce type de construction et son parcours des montagnes jusqu’au centre-ville. Le jardin est le reflet de l’architecture locale, il garde encore ce luxe ancien, un lieu de pouvoir où les propriétaires recevaient leurs amis et invités pour de somptueuses réceptions.

La Palmeraie et les chameaux

La Palmeraie est un vaste terrain planté de palmiers, situé en périphérie de la ville. Elle permet à tout un chacun, touristes ou locaux, de venir goûter à l’expérience de la traversée du désert à dos de chameau. Depuis la préparation de notre voyage, c’était l’une des expériences “à faire” de notre liste. Nous avons voyagé pendant une soixantaine de minutes à dos de chameau, comme des aventuriers en quête d’un rare trésor. Pendant tout le trajet, le guide nous conte histoires et légendes qui ont nourri l’imaginaire marocain. 

©Soucaneau

Deuxième jour

Lundi est jour de marché, au pied des montagnes d’Ourika, reconnue pour sa température, ses chutes d’eaux et le style de vie coupé du temps qu’elle offre, s’étale le marché berbère, plein à craquer. C’est le jour des provisions pour les familles de ce village. Nous nous faufilons à travers les rayons des vendeurs de moutons, des vendeurs d’épices et d’artisanats. Un peu plus haut sur la route menant vers les montagnes, une organisation réunit des femmes productrices de l’huile d’argan et d’autres dérivés comme la pâte à tartiner faite avec des graines d’argan torréfiées au miel et d’autres produits de beauté fabriqués de manière artisanale par des femmes de la localité.

Nous laissons la boutique pour longer la route vers les montagnes, l’air devient de plus en frais, la ville et son décor sont derrière nous. Nous découvrons des villages flanqués dans les montagnes, avec une population travailleuse, avide de vivre, carburant au soleil, à l’air frais et ayant la nature comme lieu de vie.

Ce qui fait l’attractivité des montagnes d’Ourika, ce sont ses six chutes d’eau. Des touristes et des habitants de la zone empruntent les pentes abruptes des montagnes pour les visiter, se prendre en photo et admirer depuis les flancs des montagnes des villages au loin, comme des villes ombres, oubliées dans le décor. Pendant la descente, j’ai été rattrapé par ma peur du vide, (scène enregistrée par Danielle, qu’on ne diffusera pour rien au monde). Au pied des montagnes, des restaurants et bars improvisés, aux décors insolites, accueillent les aventuriers assoiffés et affamés à leur descente.

Troisième jour

Un séjour à Marrakech demande à coup sûr de se plonger dans l’histoire du pays et la version non orale de cette histoire est marquée par la présence des lieux de cultes comme les mosquées, les différents palais, les grandes places publiques et les souks (marchés). Les différents tons ocre des habitations individuelles, riads ou bâtiments administratifs sont un élément essentiel de l’architecture. À proximité du désert et ensoleillé une bonne partie de l’année, j’ai compris que la couleur ocre apaise la chaleur et les rayons du soleil.

Notre périple ce troisième jour a été la découverte d’endroits historiques comme le palais de Bahia, la mosquée de Koutoubia (la plus grande mosquée de Marrakech) et le tombeau des Saadiens. Des lieux historiques et culturels, témoignant de l’audace et de l’imaginaire de tout un peuple. Nous avons terminé cette journée dans un souk du centre ville, pour acheter quelques souvenirs de ce délicieux voyage.

Le Marrakech du rire

Pour clôturer une semaine riche en rebondissements

Le festival fut l’une des expériences incontournables de notre voyage. Ce fut un vrai plaisir d’assister au “Gala Africa”, l’un des spectacles ouvertures du festival, réunissant une pléiade de comédiens de tout le continent africain. Nous avons ri jusqu’aux larmes.

Gala Africa – ©Soucaneau

Quoi d’autre ?

Des chats, beaucoup trop de chats

On pourrait penser que Marrakech est la ville des chats, il y en a beaucoup. On ne peut ne pas les remarquer. Danielle, ailurophobe (phobie des chats, des ronronnements et des poils), en a fait un peu les frais. Les chats sont partout, ils font partie du décor, s’infiltrent dans les bâtiments publics, sur les places, dans les arrières-cours, traversent les rues, les voitures s’arrêtent pour les laisser passer. A Marrakech, les chats se pavanent comme des rois.

Pour les femmes, se couvrir

Visiter un pays étranger nécessite de faire des recherches au préalable sur la façon de vivre de la population locale, leurs coutumes et traditions. Même si le but du voyage est le tourisme, il est de bon ton de faire preuve de compréhension et de respect dans la manière de s’habiller et de se comporter. Le Maroc est un pays musulman, les femmes se couvrent totalement. Lors de nos passages à certains endroits, j’ai vu le regard, assez méprisant, des femmes voilées sur celles qui ne le sont pas, j’ai vu le regard curieux des hommes sur ces femmes-là. Et à chaque sortie, je m’assurais que mes consœurs (Danielle et Marithsa) avaient de quoi se couvrir, pas par obligation mais par respect et aussi parce que je ne pouvais pas supporter ces regards-là sur elles.

Les Souks, lieux de vie, piliers de l’économie

Vous l’avez compris, le souk est un marché traditionnel où on peut trouver de l’artisanat et beaucoup d’autres produits. L’avant dernier jour de notre départ, nous avons voulu nous frotter un peu plus à la population locale, nous avons donc troqué notre taxi privé pour la marche à pied, à destination de l’un des souks les plus célèbres du centre de Marrakech, situé sur la place Jemaa el fna. Le soleil était encore haut dans le ciel, la chaleur commençait à se faire sentir, nos téléphones portables affichaient 29°. Nous traversons les rues comme si nous avions toujours habité Marrakech, mais on voyait clairement que nous n’étions pas d’ici. Sur le chemin, des jeunes nous proposaient, dans toutes les langues, de nous emmener à notre destination, moyennant un frais. Par mégarde, nous avons suivi l’un d’entre eux qui nous a carrément égaré dans l’une des artères du centre ville. Le conseil de tous ceux qui ont déjà visité Marrakech et pour ceux qui souhaitent la visiter un jour, est de ne jamais suivre un pseudo-guide dans les rues, il vous demandera de l’argent et pourra même vous agresser. Ce fut le seul petit désagrément de notre voyage, ce qui nous aura permis d’entrevoir un autre visage de la ville. Après une dizaine de minutes à discuter avec lui, nous avons repris notre route, perdus dans des ruelles étroites qui se ressemblent toutes, où des motards circulent à leur guise, frôlant les piétons. Après avoir marché une bonne vingtaine de minutes, demandant notre chemin à des femmes d’âge mûr, nous nous sommes retrouvés sur la place tant vantée par les sites de voyages.

La place Jemaa el fna attire par la diversité de ses commerces où tout est entremêlé. Au beau milieu, des charmeurs de serpents et des dresseurs de singes proposent de vous prendre en photo en compagnie de leur animal, moyennant une certaine somme. Le jus d’orange, très prisé, servi au petit déjeuner dans notre riad et dans les restaurants, se retrouve à tous les coins de rue et au centre des souks, offert par des vendeurs ambulants. Des restaurants, des terrasses et des boutiques de produits artisanaux entourent la place. Après quelques courses, un taxi moto en forme de calèche nous dépose devant notre riad.

Dois-je conclure ?

Je pourrais vanter encore longuement les vertus du voyage, mais je pense que vous en avez déjà une idée. C’est toujours plus intéressant de faire fi des on-dit, d’aller voir au-delà des apparences et des clichés. Ce voyage nous a permis de découvrir un pays avec une culture riche, une identité forte, des traditions et des coutumes qu’ils sont heureux de suivre et d’honorer. Nous avons pris plaisir à longer les rues de Marrakech, ses matinées fraîches, ses soirées illuminées et joyeuses, et l’odeur du thé à la menthe qui exprime tout haut le bonheur de se retrouver.

Nous avons repris l’avion pour Paris où des responsabilités nous attendent : des stages à terminer, des rapports et un mémoire à rédiger.

 

 


L’attente

C’est fou comme on change. En l’espace de quelques années, nous sommes devenus étrangers l’un à l’autre. Toi qui me promettais l’éternité et moi qui faisais pareil. J’en arrive à me demander si ce “nous” que nous avons construit existe encore ? Si tout ça n’était qu’un chapitre d’un roman à l’eau de rose ? En attente d’une réponse.

cadenas en forme de coeur et paire de clé, attente
Crédit : Pixabay

J’avais trouvé en toi cette personne à laquelle je voulais remettre la clé de moi, peut-être était-ce trop lourd comme responsabilité ? Peut-être qu’il ne faut pas demander aux autres de nous porter, de nous aider à nous construire, de nous aider à guérir de ces blessures centenaires que nous portons aux tréfonds de notre être ? Puisque la société nous fait croire qu’on n’est pas fait pour marcher seul, je voulais croire que j’avais trouvé cette âme avec laquelle j’allais tracer le reste du chemin. Comme un enfant tout excité devant le cahier quadrillé et sa boite de crayons de couleurs, j’avais dessiné ce que demain serait. Toi, tout ce que tu voudrais être et moi avec mes piles de livres et l’écriture pour donner du sens au quotidien.

J’aurais dû te demander peut-être ta vision de ce lendemain ? L’avais-je dessinée tout seul, sans ton avis ? Et du coup, tu ne t’es pas retrouvé dans les couleurs que j’ai choisies.

Je voulais être là. Je voulais être ce rocher qui arrêterait la violence des vagues, ces hautes montagnes qui feraient barrage aux vents forts. Mais au final, j’ai senti que tu n’avais pas envie ni besoin d’un rocher, que tu l’étais pour toi-même. Que tu étais ton propre bouclier et que tu arrêtais les coups tout seul. Je te regarde sur le ring de la vie, je te vois parer les coups, je les sens, je saigne même. Tu te relèves à chaque fois et tu continues la bataille. Peut-être est-ce cela qui m’avait attiré, cette force inconnue qui brillait dans tes yeux. Ne pensant qu’à moi-même et inconsciemment, je me suis dit que j’allais puiser dans cette lave pour coller mes fêlures.

Écrire pour survivre 

Je t’écris peut-être par pur égoïsme, parce ça me tue de savoir que d’autres te regardent, te désirent. Je t’écris aussi parce que la distance n’a pas éteint le feu, parce que je crois encore en ce lendemain. Si j’avais encore à le dessiner, tu choisirais tes propres couleurs.

stylo, écriture, attente
Crédit photo : Pixabay

Est-ce qu’il y aura d’autres lettres, je n’ai aucune certitude. Je sais que tant que je pourrai encore tenir un stylo et taper des lettres sur un clavier, il y en aura. Il y aura aussi des poèmes, des nouvelles, des récits, des romans. Tu seras partout, plus qu’un souvenir. Un personnage. Une image qui ne s’effacera pas. En attendant, je suis l’étranger assis à la gare, en train d’attendre.


Blois : la ville aux mille marches

J’ai découvert la ville de Blois vers la fin de l’été. Nichée douillettement dans le centre de la France, discrète et tout aussi fascinante. Visite guidée.

©Ville de Blois - Joël David
Ville de Blois – CC Joël David, reproduite avec son aimable autorisation

Je pose mes valises dans la ville de Blois pour faire un apprentissage en rapport à ma formation universitaire (Master 2 droit public, les Métiers de l’accompagnement politique). Une expérience professionnelle portée sur la découverte, un mot qui revient souvent pour parler de mon expérience en France. Je découvre une ville qui respire à pleins poumons, qui ouvre ses bras à l’inconnu, qui avance vers l’avenir avec confiance, tout en ayant un regard sur son passé. Cacher mon enthousiasme quand je marche dans les rues de Blois est mission impossible. A plusieurs reprises, je rencontre des calèches transportant des touristes curieux et heureux d’arpenter les rues d’une ville historique. Et je me dis tout bas, il fait bon vivre à Blois.

Repères

Ayant commencé mon apprentissage vers la mi-septembre, je me suis donné comme objectif de découvrir la ville. Je me réveille tôt pour humer l’air frais, le soleil réfléchit ses rayons jaunes et doux sur les toits des maisons, une nappe de vapeur blanche embrasse les rues pour nous dire que l’été touche à sa fin et que l’automne arrive. Blois a cette manière particulière d’inviter l’étranger qui séjourne dans ses murs à la visiter.

Découvrir Blois, c’est descendre une à une les marches de l’escalier dédié au savant Denis Papin. Arpenter ses rues au petit matin, admirer ses vitrines, ses bars et brasseries, fréquenter ses hauts lieux culturels (la Maison de la BD, la Fondation du Doute, la Maison de la Magie, la salle du Jeu de Paume), son patrimoine matériel (Le Château de Chambord, le Château royal) et ses nombreux festivals et rencontres ( Les Rendez-vous de l’histoire, bd BOUM, Mix’Terres, des Lyres d’été et des Lyres d’hiver) qui font de la ville un lieu culturel incontournable. Découvrir Blois, c’est aussi se plonger dans son histoire, ses légendes d’autrefois et d’aujourd’hui, ainsi que son patrimoine.

Le pont Jacques Gabriel et la Loire

Pas parce qu’on porte le même nom (Gabriel), mais plutôt que c’est l’un de mes repères incontournables, je l’emprunte tous les matins pour me rendre à mon apprentissage et tous les soirs pour rentrer chez moi. Le pont Jacques Gabriel relie les deux parties de la ville, séparées par la Loire, majestueuse à la parure dorée. Le fleuve porte l’empreinte de toutes les villes qu’il traverse. Il en est même le cœur, témoin de l’histoire, témoin des générations. Mémoire et patrimoine d’un pays, de toute une population qui s’y sent attachée.

Blois et ses degrés

Soucaneau Gabriel

Vivre à Blois nécessite des jambes puissantes car on n’échappe pas aux escaliers. Ils sont partout, on les emprunte soit comme raccourci, soit pour avoir d’autres perspectives de la ville. Le plus célèbre et le plus long est l’escalier Denis Papin (120 marches à gravir), offrant une vue en plongée sur la ville. Je n’aurai pas le temps dans ce billet de vous les présenter tous, laissez-vous piquer par la curiosité la prochaine fois que vous passez dans le coin.  Blois est une ville à découvrir, une ville qui se laisse découvrir.


De poussière et de sang

Il y a des moments de notre court passage sur terre qui ne peuvent pas être ravis par l’oubli. Ils sont incandescents dans nos mémoires. Des souvenirs qui vont et qui viennent à leur gré, nous attrapant à la gorge quand ça leur chante.

C’était une journée comme les autres, avec un soleil si chaud qu’il nous brûlait les entrailles. Ici, sur l’île, nous avons une relation particulière avec le soleil. De sa position dans le ciel, nous pouvons déduire l’heure. Les planteurs peuvent prédire si les récoltes vont être bonnes. Au-delà de sa mission de nous éclairer, il fait partie de nous.

Je me rappelle qu’enfant j’aimais le regarder fuir lentement derrière l’horizon. Ses lueurs jaunâtres caressant la ville, les cimes des montagnes, avant de disparaître totalement. L’horizon, ce lieu lointain fait de légendes, peuplé de ces histoires fantasques et rocambolesques que me racontait ma grand-mère, où le soleil était un Dieu et avait une femme très belle à la chevelure dorée. J’ai bien grandi depuis, mais je n’ai pas oublié ces histoires qui ont bercé mon enfance et surtout le visage de ma grand-mère, la bouche édentée, toujours accompagnée d’un sourire.

La journée battait son plein au centre-ville de Port-au-Prince, ville de milliers d’âmes qui se cherchent et se perdent au même moment. Une ville surpeuplée où les gens marchent les uns sur les autres, une ville-cercueil. Une ville-tombe. À cette heure de la journée, les écoles étaient remplies de cris joyeux des élèves. Les hôpitaux, comme d’habitude, étaient remplis de malades qui attendaient de voir un médecin, remplis de mourants qui attendaient un miracle et de corps sans vie qui attendaient un propriétaire. Dans la rue, les marchands ambulants offraient tout et n’importe quoi aux passants, les camionnettes et les taxis klaxonnaient sans s’arrêter, les pickpockets s’offraient les bourses des passants. Une journée type, sans grandes surprises. Un tableau auquel j’étais habitué et duquel je me nourrissais tous les jours.

Les activités sur le wharf se déroulaient tranquillement. Les bateaux accostés tanguaient au rythme des vagues. De gros gaillards avec de grosses machines déchargeaient les containers des bateaux, les rangeaient les uns sur les autres pour ensuite les expédier à leur propriétaire. Un grand marché était accosté au wharf, où on vendait des produits venant des quatre coins du monde. C’est là que se déroulait mon quotidien depuis plusieurs mois, gérant d’un dépôt au sous-sol d’un immeuble de trois étages.

J’emmagasinais les visages, les sourires, regardais les disputes avec curiosité. Entre les murs de ce marché, on radotait autant qu’on parlait politique…

À travers le bruit sourd des milliers de voix des marchands et des acheteurs, on pouvait entendre l’écho des vagues de la mer au loin. La journée avançait, le marché ne désemplissait pas. Les marchandes de nourriture continuaient à offrir des plats chauds aux passants. Un grand hall séparait le marché en deux, d’un côté les dépôts où on vendait les produits qu’on déchargeait des bateaux et de l’autre, un tout autre monde : des restaurants de fortune s’étalaient avec chacun un menu singulier, des couturières proposaient leur service de rapiéçage,  des coiffeurs proposaient les dernières coiffures à la mode… une montagne de vielles chaussures se tenait au pied du cordonnier, qui les rafistolait l’une après l’autre, à côté de lui, un cireur offrait ses services.

Tous les jours, je regardais ce monde-là se construire et se déconstruire à son rythme. J’emmagasinais les visages, les sourires, regardais les disputes avec curiosité. Entre les murs de ce marché, on radotait autant qu’on parlait politique. Les ragots circulaient rapidement. Personne n’y échappait.

Nous étions en janvier, saison de fête, grosse saison comme on dit dans le jargon d’ici. Le marché était encore plus peuplé que d’habitude. Le wharf était en ébullition et recevait plusieurs dizaines de containers de marchandises par jour. À trois heures, un agent est venu nous annoncer que notre container de marchandises était prêt à être livré.

Une quinzaine de gaillards déchargeaient les boîtes du container et les rangeaient par ordre dans la plus grande pièce du dépôt. Ils chantaient, couraient, blaguaient entre eux, se gavaient de gorgées de clairin* pour atténuer la lourdeur des boîtes qu’ils transportaient. Tout le monde vaquait à ses activités quand, soudain, un violent craquement. Et la terre se déroba sous nos pieds.

12 janvier 2010 ; 16 heures, 53 minutes et 10 secondes

Personne ne savait ce qui était en train de nous arriver. La terre s’est mise à secouer violemment, comme si elle changeait de peau. Elle s’arrêta un instant, puis elle s’est encore remise à danser. Une danse endiablée, d’une violence sans nom. La terre, semble-t-il, avait soif. Soif de violence, de vengeance, de sang. Mais ça, on ne le savait pas. Personne ne nous avait prévenus qu’à un moment donné, la terre se retournerait, changerait de peau et engloutirait tout sur son passage.

À l’intérieur du marché, c’était l’affolement. Chacun courait dans des directions opposées pour se mettre à l’abri. Mais personne ne savait à l’abri de quoi. Courir pour aller où ? Est-ce que quelque chose allait sortir de l’antre de la terre ? Avant même que j’ai pu comprendre ce qui se passait, l’immeuble de trois étages dans lequel j’étais s’affaissa sur moi. Noir total.

Un immeuble effondré – crédit : Pixabay

18 heures

« Suis-je mort ? Où suis-je ? Pourquoi je n’arrive plus à bouger ? » Je ne ressentais plus mes membres, coffré sous une pile de boîte et de morceaux de béton. J’entendais des voix qui appelaient à l’aide, des plaintes, des gens qui souffraient, pleuraient, des cris de détresse. « Ça y est, je suis en enfer », pensais-je. C’est cette image qu’on n’avait pas cessé de nous vendre de ce haut lieu de tourmente créé par Dieu. Un étang de feu, de larmes et de pleurs. Des gens qui brûlaient à n’en plus finir. Quelques souvenirs commençaient à remonter à la surface.

« Qu’est-il arrivé aux hommes qui transportaient les marchandises du container ? Qu’est-ce qui est arrivé au monde bruyant du marché ? »

Les plaintes continuaient, les voix continuaient à appeler à l’aide. Une voix de femme disait qu’elle était enceinte et qu’elle ne sentait plus le bébé dans son ventre. La terre trembla doucement, les dalles de bétons se serrèrent un peu plus. Le noir m’engloutit encore une fois et l’instant d’une seconde, je sentis que cette nuit pourrait être ma dernière sur terre.

Pendant ce temps, à l’extérieur, Port-au-Prince s’était embrasé de tous ses feux. Un chaos sans nom s’était propagé dans les corridors les plus sombres. Les maisons s’étaient affaissées comme des châteaux de cartes avec leurs occupants. Les universités avec leurs étudiants. Les immeubles avec les gens qui y travaillaient. Les hôtels avec ceux qui y séjournaient. Une poussière épaisse recouvrait la ville comme un voile dorée descendue du ciel. Des corps ensanglantés et déchiquetés jonchaient les rues. Un morceau de bras par ci, un bout de jambe par là.

On pouvait sentir l’odeur âcre du sang qui abreuvait les entrailles de la terre. Les cris de désespoir, formant un halo, montaient au ciel comme une offrande empoisonnée. Ceux qui ont survécu avaient pris l’autoroute, laissant le centre-ville, prenant la direction des montagnes, loin de la mer.

Une pluie comme on n’en a jamais vue s’abattait sur la ville comme pour sécher les larmes de ses survivants. Une eau rougeâtre descendait le long des caniveaux pour aller se jeter dans la mer. Le soleil n’avait pas su les prévenir, ce jour-là, que la terre avait soif. Une soif de chair et de sang.

22 heures

Une forte douleur au niveau de mes jambes et de l’eau qui mouillait mon visage m’avait réveillé. J’étais incapable de faire le moindre mouvement. Incapable de voir l’état de mes jambes, si elles étaient entières ou écrabouillées sous la dalle de béton. Il régnait un calme d’outre-tombe sous les décombres. Aucun bruit ne me parvenait, la dame enceinte avait cessé de pleurer. Parvenait-elle à dormir ? Était-elle morte ? Je n’en savais rien. De temps en temps, la terre vibrait sous le poids d’une voiture qui passait ou d’une petite secousse. De l’eau ruisselait de partout. Il pleuvait peut-être à la surface, pensais-je.

Des milliers d’âmes ne verront pas le lever du soleil du lendemain. Des milliers d’âmes sont parties dans une souffrance qu’elles n’avaient jamais imaginé, à laquelle elles n’avaient pas pu échapper. Cette nuit fut plus longue qu’une vie entière. Des milliers d’âmes ont traversé de l’autre côté de la rive, ensanglantées, le corps poussiéreux. Arrachées à la vie, à leur quotidien, sans prévenir. Sans qu’ils aient pu dire au revoir ou laisser une note.

Plusieurs jours plus tard…

En otage sous les décombres, je n’avais aucune notion du temps et comment la vie reprenait à l’extérieur. Une odeur de corps en décomposition flottait sous les décombres. J’étais arrivé à un moment où je ne pouvais plus tenir. Je cherchais dans mes souvenirs une raison pour laquelle je tiendrais le fil de l’existence. Je n’avais pas de femme, pas d’enfant, pas de famille. Je ne possèdais pas d’animal domestique, pas d’argent en banque, pas d’objets de valeur. J’étais une carcasse vide. Un homme seul et solitaire, prenant le quotidien comme il venait, avec ses surprises et ses mésaventures, trimbalant des rêves pour lesquels j’avais cessé de me battre depuis longtemps.

À plusieurs reprises, j’ai pensé que c’en était terminé. La mort me jouait des tours. Tantôt elle m’enlaçait, l’instant d’après elle me relâchait de son étreinte et j’ouvrais les yeux. Je sentais que c’était le jour, je n’avais plus d’énergie pour tenir. Je fermais les yeux, et lentement la vie s’enfuyait. C’était un sentiment si doux, si léger. Pourquoi les gens refusaient de mourir, si l’expérience était aussi agréable. Lentement, l’obscurité faisait place à de la lumière. Je sentis la terre qui se mettait encore à trembler, des voix me parvenaient sans que j’arrive à en saisir le sens. Puis soudain, une grande lumière blanche m’aveugla, un homme blanc m’apparut. Cette fois-ci, c’est le bon, je suis mort. …

Je me retrouvai sur un lit, vêtu d’une blouse bleue, avec une dizaine de fils attachés aux bras, reliés à des machines et des écrans. « Où suis-je ? Au paradis ? En enfer ? » Je ne savais plus auquel des deux mon âme appartenait. La porte de la chambre s’ouvrit et une femme me sourit, elle ouvrit la porte derrière elle et alerta d’autres personnes. Ils étaient tous là à me regarder, à sourire, à pleurer. Mais finalement es-ce que quelqu’un allait me dire ce qui se passe et dans quel univers je me trouvais ? Les mots n’arrivaient pas à franchir mes lèvres. Je me contentais de les regarder aussi. Une autre femme avec une blouse blanche tira le rideau. Le soleil brillait de tous ses feux à l’extérieur.

– « Monsieur, vous êtes le dernier survivant du tremblement de terre du 12 janvier. Nous sommes en mars, vous sortez d’un coma de 3 mois », me dit la femme qui a ouvert le rideau. Je la dévisageais sans vraiment saisir le sens de ses paroles. D’autres personnes arrivèrent dans la chambre pour voir le dernier survivant, le rescapé, celui qui avait échappé à la mort. Après leur départ, je regardais longuement le soleil et ses rayons jaunes. Je me rappelais des histoires de ma grand-mère, son sourire, sa bouche édentée. Je me rappelais du wharf, du container de marchandises. De l’immeuble qui s’est affaissé sur moi, de la femme enceinte qui pleurait sous les décombres. Je sentis des larmes chaudes couler de mes yeux et mon cœur s’arrêta de battre.

Clairin : eau de vie produite en Haïti de façon artisanale à partir de la canne à sucre


Se dérober de l’air du temps

Après une longue journée à poireauter à l’aéroport d’Orly (7h d’attente avant mon vol), j’ai laissé Paris à destination de Montpellier. L’avion volait à basse altitude, on pouvait admirer l’architecture des villes qu’on survolait grâce aux jeux de lumière. Ce sont les fêtes de Noël. Des marchés de Noël, des luges et des décorations lumineuses augmentaient la beauté des villes. De l’avion une vue féerique sur Paris et les villes environnantes s’offraient à moi.

Cet énième voyage en avion me confirme ce que je savais depuis le début : j’aime voyager, mais pas en avion. Je n’arrive pas à taire le bruit des moteurs dans mes tympans. Je scrute et interprète les moindres petits bruits des moteurs, je suis attentif aux moindres mouvements des hôtesses. Ayant suivi un cours sur la communication non verbale, j’essaie d’interpréter ce sourire centenaire et figé qu’elles nous envoient. Bon, je résume : j’ai peur de l’avion. Pas besoin de discourir là-dessus plus longtemps.

Assis dans une allée de trois sièges, la femme à ma gauche était perdue dans un roman et l’homme à ma droite, un « geek » barbu, regardait un manga sur son ordinateur portable. Pour faire passer le temps et essayer de me distraire, je lisais et relisais l’éditorial d’Air-France Madame sans pouvoir en saisir le sens. Les gens qui lisent dans les avions, vous me direz bientôt comment vous faites. N’ayant pas pu lire le magazine, je me suis mis à réfléchir à l’avenir.

Déconnexion
La déconnexion, voilà à quoi j’ai réfléchi pendant le reste du voyage. Comme un moine bouddhiste, perdu dans la méditation dans les montagnes. Je me dis qu’un jour, je prendrai une telle décision, pas de devenir moine, mais de me déconnecter du monde extérieur et de me reconnecter avec moi-même.

crédit : RodosvetYoga/pixabay

Habiter une maison sans connexion aucune, sans téléphone intelligent et sans mille applications pour rendre ma vie soi-disant plus vivable et plus facile. Aujourd’hui, on a cette impression qu’on est perdu, fini, si on n’est pas connecté. Comment vivaient les générations pré-smartphone, pré-internet ? On peut essayer de se poser la question. Pour ma part, je reconnais les avancées de la technologie et tout ce qu’elle permet de faire, et d’ailleurs, elle est très présente dans mon métier. Mais d’un autre côté, elle nous éloigne un peu plus chaque jour de la quintessence de notre être. Un jour je vivrai dans une maison perdue dans les bois, avec des centaines de livres tapissant les murs. Je boirai du thé, j’écouterai le chant des oiseaux, le ruissèlement du lac, je méditerai sur l’essence de la vie.

Je ne cherchais pas à être spirituel, plutôt à taire le bruit des moteurs de l’avion dans mes tympans. Le pilote annonça qu’on allait atterrir, les crissements des pneus sur le tarmac me firent un bien fou.



À la gare

Comme tous les autres passagers, j’attends un train pour une certaine destination. Nous sommes en décembre, le vent froid et sec de l’hiver se fait sentir. Dans la salle d’attente de la gare, les secondes de la grande horloge s’égrènent lourdement. De temps en temps, je me surprends en train de fixer les aiguilles. L’homme assis sous l’horloge pense peut-être que je suis en train de le surveiller. Un brin amusé, je souris intérieurement et je penses à Sherlock Holmes, cette série qui m’a gardé éveillé jusqu’à tard dans la nuit.

À chaque arrivé de train, des passagers descendent, accueillis par des membres de leurs familles. Ils s’embrassent, se racontent leur semaine et vont se réchauffer autour d’un café. Je regarde passer des dizaines et des dizaines de passagers, certains pressés de s’engouffrer dans les voitures du train, d’autres contents de rentrer à la maison. Moi j’attends, les secondes de l’horloge sont encore plus lourdes dans mes tympans. L’inventeur de cet appareil aurait pu le mettre sur mode silencieux, je n’aurais pas à supporter ce bruit du temps qui passe, si lentement.

À la gare, des visages se croisent furtivement, des sourires et des poignées de main. Des lendemains se croisent aussi, des destins qu’on lirait dans des romans plus tard, qu’on mettrait en musique ou peut-être sur grand écran. Près de moi, une femme hurle dans son téléphone dans une langue que je ne comprends pas. L’écran de la salle d’attente affiche la voie de départ de mon train. Je prends mon manteau et je suis parti.

Le train file à vive allure, des paysages verts à perte de vue, des maisons si petites qu’on pourrait croire qu’elles abritent des fourmis. De la fumée s’élève dans les cheminées et je me mets à penser aux familles autour de la table en train de dîner ou de se réchauffer devant le feu.

Pixabay

Arrivé à destination, une foule de personnes attend. Des passagers descendent, ils se mettent à s’embrasser, à se réchauffer mutuellement, à aller prendre des cafés. Je cherche un visage familier parmi tout ce beau monde, personne. Je me promet qu’un jour quelqu’un viendra m’attendre, on s’embrassera et on se réchauffera aussi, autour d’un café, autour d’un grand feu, avec de la musique en toile de fond.

 



Quatre étudiants de l’Université d’Orléans se confient

Dans ma plus récente publication, j’ai parlé des défis que j’ai eus à surmonter pendant ma première année d’études en France. Des difficultés auxquelles beaucoup d’étudiants ont fait face avant moi. L’adaptation à un nouveau système, le choc des cultures, la gastronomie, le climat, le regard des gens, etc. L’adaptation n’est pas automatique, c’est tout un processus et il s’avère différent pour chacun.

Après la publication de ce billet, les témoignages que j’ai eus m’ont étonné, beaucoup de visages que j’ai croisés sur le campus étaient presque dans la même situation que moi. Loin de leur famille, de leurs amis, de leur pays, poursuivant le rêve d’un mieux-être. Certains jours, le poids de l’éloignement se faisait lourdement sentir. Mais il n’a jamais été question de baisser les bras. On ne monte pas dans un avion pour aller s’avouer vaincu.

Aujourd’hui, je reviens avec un autre billet. Des témoignages d’étudiants que j’ai rencontrés, qui m’ont parlé à cœur ouvert d’eux-mêmes, de leur relation avec leurs pays, de leurs familles, de leurs aspirations et de ce lendemain qu’ils sont en train de dessiner pour eux-mêmes et pour les leurs. Ils sont Haïtiens, Marocains, Français et Maliens, une telle diversité d’origine et de culture représente une richesse.  L’instant de ce billet, ils m’ont confié leurs parcours ainsi que leurs aspirations. Je le redis, je suis curieux de l’autre, de son univers, de ce que sa présence et son aura apportent au monde. Je tais mes inquiétudes une minute pour laisser parler les autres. Je fais quelques pas en arrière pour admirer le tableau dans toute sa splendeur, je vous invite à faire de même.

L’Université d’Orléans, en bref

L’Université d’Orléans se situe dans le centre de la France, à deux heures de Paris. Le campus est assis sur 400 hectares et près de 20 000 étudiants, de toutes les cultures, de toutes origines se croisent tous les jours entre les murs de ses facultés. « C’est une richesse énorme et c’est ce que j’aime avec l’Université d’Orléans, je croise toutes les nations et surtout si on traine avec eux, on va découvrir leur culture et gouter à leur gastronomie. Je suis heureux de faire mes études ici », me confie Daniel, Master en anglais et en littérature dont l’objectif est de devenir enseignant.

De ses promotions, on retient les noms de Jean Calvin, Etienne de la Boétie, Théophraste Renaudot, Jean de la Bruyère et Molière, pour ne citer que ceux-là. Je fais lumière sur certains visages de la promotion de 2018, l’avenir nous réservera peut-être de belles surprises.

 

Rencontres

 

Courtoisie photo : page Facebook de Marithsa Pierre

Marithsa Pierre, Haiti

Master 2, MAP ; Métiers de l’Accompagnement Politique

« L’éducation est l’arme la plus puissante que l’on peut utiliser pour changer le monde » dixit Nelson Mandela. Bien avant d’avoir entendu parler de ce célèbre personnage, je croyais fermement que pour devenir quelqu’un « de bien et de valable » dans la société (surtout dans mon pays) il fallait s’éduquer et surtout se former. Aujourd’hui ce n’est pas le plus partagé des points de vue. Cependant j’en suis toujours aussi persuadée.

Faire des études supérieures a toujours été pour moi dans l’ordre normal des choses, non seulement pour mon accomplissement personnel mais aussi animée par le désir de faire partie des personnes formées et compétentes pouvant penser autrement mon pays. C’est ce qui motive ma présence en France aujourd’hui. Vivre et étudier dans un pays étranger n’est pas facile, je crois que n’importe quel étudiant en terre étrangère peut en témoigner. Donc,  pour moi toute la différence se fait dans sa capacité à s’adapter.

D’aucuns ont eu à me poser ces questions : Pourquoi la Ville D’Orléans ou pourquoi ce master ? Pour y répondre : pour moi la ville ou la région importait peu, c’est plutôt l’intitulé et les grandes lignes du Master Métiers de l’Accompagnement Politique qui m’ont conduite à L’Université d’Orléans. « Agréable » est le qualificatif que je pourrais attribuer à cette première année de master. Eh oui ! Je ne me suis pas laissée abattre par le climat ! Un climat aussi froid ou encore le fait que j’avais manqué les deux premières semaines de cours (ce qui a été indépendant de ma volonté)…

Mes plus bons souvenirs restent mes séances de travaux en groupe, entremêlées de blagues et d’éclats de rire avec mes camarades qui sont pour certains devenus des amis, mes appels Whatsapp avec ma famille, mes amis, mon amour et d’autres personnes qui me sont chères en Haïti, ou encore mes rencontres avec des amis haïtiens étudiant dans d’autres villes et enfin mes journées enfermée dans ma chambre à réviser pour les examens (eh oui…)
J’ai aimé cette expérience qui m’a poussée à sortir de ma zone de confort, m’a aidée à mûrir encore plus, à approfondir mes connaissances et surtout m’a permis de me rendre compte à quel point je suis attachée à ma terre natale, Haïti ! »

Courtoisie photo : page Facebook de Charly Pirot

 Charly Pirot, France

Master 2, MAP ; Métiers de l’Accompagnement Politique

« J’ai toujours été fier d’être français,  notamment par l’histoire de ce pays et le paradis que celui-ci peut représenter pour les personnes n’y habitant pas. Cependant, ma relation avec la France n’est pas que blanche mais grise. Certains points viennent ternir l’image que j’ai de l’hexagone et surtout des français. Lors de mes différents voyages, notamment en Angleterre, j’ai pu constater parfois un manque d’ouverture aux autres des français mais également l’incivisme et l’égoïsme dont nous pouvons faire preuve.

Etant toujours été passionné par la politique et ayant participé dans la campagne de Gil Avérous, l’actuel maire de Châteauroux, cette expérience fut une révélation, dans le sens qu’elle m’a permis de voir ce que je voulais vraiment faire plus tard. Intégrer le Master MAP à l’Université d’Orléans fut une évidence, la continuité d’un rêve, la poursuite d’un objectif.

 La diversité à Orléans pourrait se comparer à la diversité française,  finalement. Comme j’ai pu l’évoquer précédemment, cette diversité est sans doute une aubaine pour notre pays et l’université. Malgré cela, cette richesse est selon moi peu ou pas exploitée, sans doute par peur d’ouverture à l’autre et un manque de curiosité. Nous sommes certainement le pays ayant la plus grande diversité d’origines et même de personnes venant faire leurs études ou travailler en France mais cela pose également le problème de la bonne utilisation de cette diversité. Le contexte euphorique de la victoire du mondial de football par l’équipe (je suis un passionné de foot) me fait penser que cette équipe de France par sa diversité montre très bien le résultat que nous pouvons obtenir par un procédé d’ouverture et de mixité,  ce qui est dans l’ADN de la France et de l’université d’Orléans. 

Mon avenir, je le vois très proche de la politique. Il est pour moi évident que ma vie sera rythmée par les mandats, que ce soit en tête de liste ou en soutien. J’aimerais dans un avenir proche devenir assistant parlementaire ou directeur de cabinet pour un maire, afin de faire mes armes en politique et dans l’élaboration de projets territoriaux. Par la suite, mon rêve serait de commencer une carrière politique, non pas pour devenir un grand homme politique, mais pour développer un territoire et laisser une trace de mon implication citoyenne. 

De cette année, je retiens plusieurs grandes leçons. Qu’il faut travailler très dur pour atteindre ses objectifs, l’effort est toujours payant. Des moments difficiles, oui j’en ai connus, l’éloignement de ma famille et la solitude ont été les plus difficiles, mais surmontables.

Courtoisie photo : Page Facebook de Hamza Boutssaroute

Hamza Boutssaroute, Maroc

Master MIAGE, Méthodes Informatiques Appliquées à la Gestion d’Entreprise

« Le Maroc estmon pays natal, un pays avec lequel j’ai des liens très forts. Je reconnais qu’il a ses bons et ses mauvais côtés, des choses qui mériteraient de changer, une image à améliorer. Arrivé en France, j’ai découvert une image pas très flatteuse de mon pays. De ce qu’on raconte, certaines choses sont vraies, d’autres ne le sont pas. C’est un point sur lequel les gouvernements doivent travailler. Parmi les choses dont je suis fier, il y a le niveau de l’éducation qui est assez élevé par rapport à la France. Je suis fier du Maroc parce que c’est un pays accueillant, avec des gens qui débordent de chaleur humaine. On peut facilement s’y intégrer.

Je suis rentré en France pour poursuivre mes études en informatique. L’adaptation ne s’est pas fait automatiquement. Je n’avais pas d’amis à mon arrivée, j’ai donc passé plusieurs mois tout seul. Une autre difficulté rencontrée était de trouver un logement. Trouver un logement quand on n’a pas de garant est assez difficile. Ça s’est amélioré un peu par la suite, je me suis fait de nouveaux amis et je me suis senti moins seul. Malgré quelques difficultés, cette année d’étude s’est bien déroulée. Le master 1 en poche, je suis en route vers le master 2 pour lequel j’ai déjà trouvé une alternance.

Il y a une grande diversité culturelle à l’Université d’Orléans. Des jeunes issus des pays des quatre coins du globe qui arrivent avec leur bagage culturel, leur histoire, et qui surtout doivent le temps de leurs études travailler ensemble sur de nombreux projets. Il faut aller au-delà des barrières culturelles et apprendre à connaitre l’autre. Il faut trouver ce lieu commun où on peut discuter et s’enrichir l’un l’autre de sa différence. J’aime bien l’expérience que je fais à Orléans pour le moment, j’ai déjà atteint plusieurs objectifs. Jusque-là je suis satisfait. Autre point positif de ma formation, le taux d’insertion professionnelle est très élevé. »

Crédit photo : Soucaneau Gabriel

Soumana SAMAKE, Mali

Master recherche Lettres

 

« Je viens du Mali. C’est le pays qui m’a vu naitre, qui m’a vu grandir, envers lequel je témoigne un réel amour, une immense joie d’appartenance. J’y ai fait tout mon cursus scolaire et universitaire jusqu’à l’obtention de ma Maîtrise en lettres modernes. Il (le Mali) m’a éduqué et inoculé certaines valeurs morales qui sont la cime de l’Afrique que je me propose de partager avec «l’étranger» qui jouxte mon chemin dont l’ouverture et l’assistance sont les maîtres mots.

Après la validation de mon diplôme de Maîtrise précédemment mentionné, le besoin m’a saisi d’explorer d’autres horizons, de partir à la quête du savoir. C’est ainsi qu’une nuit de septembre 2017, les événements disposèrent de moi pour un voyage vers le soleil levant. Au bout de cet audacieux trajet, la terre promise s’appelait la France. Puisqu’ils furent pluriels les efforts qui ont précédé ce voyage, il fallait venir. Je n’ai donc pas manqué au rendez-vous de l’incertain.

Mes premiers mois ne furent pas de tout repos. D’amples situations incongrues émaillèrent mon immersion dans cette société autre, dans ce paysage autre, ce climat autre, cette vie autre, et ce, loin des chimères que l’on pouvait auparavant s’en faire. Je débarquais dans une société qui, à mon goût, se renfermait sur elle-même. L’indifférence et la solitude furent des voisines familières. Le coût de la vie, le programme universitaire assez chargé et le regard de l’inconnu formaient un chevron d’iceberg sur mes épaules. Mais puisqu’il fallait tenir, j’ai essayé d’y faire face au mieux. Les prochains espaces d’échanges m’offriront, j’espère, l’occasion, de vous en dire plus.

Pour faire court, j’ai opté pour un Master recherche lettres second degré qui s’inscrit dans la suite logique de ma formation initiale. C’est un Master qui propose à l’avenir une carrière enseignante qui m’a toujours passionné. Je pense, très humblement, qu’il n’ait de meilleurs présents au monde que de partager ses acquis avec un public, de forger une conscience et de préparer des générations futures. Mon choix pour l’Université d’Orléans est né de sa céleste notoriété de ville étudiante et du riche programme que proposent ses formations. Orléans est une ville ayant marqué l’histoire de France entre 1337 et 1453 (période de la guerre de cent ans) à travers l’héroïsme de Jeanne d’Arc dont le parcours nous est tous connu. Loin de moi toute annotation laudative, la qualité de la formation de l’Université d’Orléans n’est pas à remettre en cause. L’on a la chance d’avoir de bons professeurs dont l’amour du métier se passe de toute exégèse. Pour ce qui est de la relation entre les étudiants étrangers, je pense qu’elle laisse à désirer. L’on est quelque peu hésitant à aller vers l’autre. Mais je crois que l’échange culturel pourrait constituer une véritable richesse. Les gens s’aimeraient davantage s’ils se connaissaient.

Pour conclure, je me félicite d’avoir validé mon année qui vient récompenser les efforts d’avant. Je nourris l’espoir de terminer ce Master et envisager plus tard, si l’opportunité m’était offerte, une thèse en littérature française qui sèmera à foison les questions relatives à la société, à l’égalité, à la justice et aux droits de l’homme ».

Après avoir recueilli ces témoignages, je me suis dit que j’allais faire une synthèse de chaque entretien pour vous en présenter l’essence. Après avoir lu chaque émail, écouté chaque entretien, c’était une évidence, je n’avais pas le droit d’enlever ne serait-ce qu’une pincée de leurs histoires. J’ai retranscrit tels que reçus mails et entretiens. L’idée était de naviguer entre les parcours de chacun de ces étudiants, d’origines diverses, pour trouver ce fil rouge, ce point commun. Voir en quoi et comment cette mixité représente une richesse. Et que derrière chacun de ces visages, malgré les difficultés au quotidien, malgré un climat qui n’invite pas tous les jours au sourire, se cache un être humain avant tout.

Merci d’avoir lu.

À bientôt 

 


Une année à vitesse grand V

Le mois d’août prochain marquera ma première année en France, une année riche en expériences. Des expériences qui m’ont permis de grandir, de mûrir, des rencontres et des conversations qui m’ont enrichi, bref, une année vécue à vitesse grand V.

Pour faire un petit détour, expérimenter l’ailleurs a toujours été un besoin pour moi. À un certain moment de mon existence, j’étais dans une routine en train d’étouffer et je voyais cet ailleurs pas comme un eldorado, mais plutôt comme un moyen de respirer à pleins poumons et de faire d’autres provisions. C’est un besoin qui, je pense, se trouve chez tous les humains. On a tous besoin de voir à quoi ressemble le reste du monde. De gravir des cimes plus hautes pour admirer d’autres horizons. Mais l’ailleurs, au-delà de sa richesse et de cette parure de rêve dont il se revêt souvent, est un risque. S’y confronter, c’est sortir de sa zone de confort pour affronter tout un nouveau monde.

S’adapter

Saurait-on mesurer la faculté d’adaptation d’un être humain ? Si cette technique existe, j’aurais aimé la découvrir. Pour ma part, l’adaptation n’a pas été automatique mais elle était impérative puisque j’étais là pour étudier. Mais la réalité dépasse de loin ce qu’on lit dans les livres. Pour commencer, il y a le décalage horaire de six heures. Je suis loin d’être un fainéant, mais certains matins je me réveillais comme quelqu’un qui aurait fumé de la marijuana toute la nuit, pourtant, je devais être à l’heure en cours. Autre point d’adaptation : la gastronomie. La gastronomie française est reconnue parmi les plus riches du monde mais elle demande un peu de temps pour être appréciée à sa juste valeur, surtout pour un haïtien comme moi, habitué à une nourriture plutôt épicée. Il y a aussi la relation des gens avec la société, avec eux-mêmes. Leur regard et leur jugement sur les étrangers qui m’ont permis d’arriver à certaines conclusions.

Entre stress, solitude et dépression

Pixabay
Pixabay

Depuis mon arrivée, je suis logé dans une résidence pour étudiants sur le campus de l’université. La richesse de ces endroits réside dans le fait qu’ils concentrent la présence de toutes les nations. J’ai croisé des guinéens, des congolais, des algériens, des malgaches, des japonais, des chinois, des brésiliens, des indiens, etc. Au premier regard, on dira que c’est une vraie richesse, mais d’un autre côté c’est une grande pauvreté, il n’y aucun effort qui est fait pour aller vers l’autre, aucune socialisation. On se croise au hasard dans la cuisine, sans un bonjour, on fait son café et on s’enferme dans sa chambre. Moi l’haïtien, un peu « soumoun », je disais bonjour à tout le monde, je souriais, je voulais embrasser toutes les cultures, apprendre sur chacun de ces étudiants, leurs origines et pourquoi on se retrouvait tous en France, dans cette résidence, à cet instant précis.

Dans ma curiosité naturelle, dans ma soif de découvrir l’autre, et en qualité de blogueur, je me disais que j’allais avoir de la conversation, de la matière pour écrire. Mais il ne m’a fallu que quelques mois pour me rendre compte que trop de chaleur humaine était un peu mal vu et même déplacé. Qu’il fallait faire preuve de retenue. Qu’il fallait être un peu plus « froid ».

Et c’était un peu difficile de s’adapter à cette nouvelle réalité. Pendant les premiers mois, c’était très dur de faire le parcours entre la résidence, les salles de cours et les bibliothèques, sans croiser un regard avec un peu de chaleur. Ceux qui n’étaient pas entièrement accaparés par leur téléphone avaient le visage déconfit qui disait clairement « ne viens pas me parler ».

Souvent, je priorise la solitude pour écrire, pour lire et me retrouver. Mais j’ai pu remarquer qu’une trop grande dose de solitude pouvait être néfaste à l’équilibre mental. Et malgré le fait que j’étais en France, que je faisais un master, que j’avais de la famille et des amis qui m’envoyaient de l’amour et de la chaleur d’Haiti, j’ai perdu l’équilibre. Un peu plus tard dans l’année, un étudiant d’origine africaine m’a confié qu’il s’enfermait dans sa chambre pour pleurer, tellement la solitude et l’indifférence le rongeait. Donc je me suis rendu compte que je n’étais pas seul dans cette lutte et que derrière le masque de l’indifférence que certains affichaient, il y avait un cœur tendre qui avait tout simplement besoin de chaleur humaine.

Une certaine psychologue

En France, il faut vite s’adapter et suivre le rythme. On peut facilement se retrouver au fond du gouffre si on n’arrive pas à suivre. C’est comme un train à la gare, tu le rates et tu rates toute ta journée. Faire l’équilibre était donc devenu mon crédo ; m’adapter, apprendre les cours, faire les devoirs, avoir de bonnes notes, travailler pendant mes études, etc. Et dans cette course folle contre la montre pour garder l’équilibre et avoir le contrôle sur tout, je me suis retrouvé un après-midi sur un siège de cuir noir, dans le bureau d’une psy, stressé, surmené et au bord de la dépression.

Par souci de voir un peu plus clair, et le mot revient, de faire l’équilibre, j’ai pris rendez-vous avec une psy sur le campus. C’était un après-midi assez calme, j’ai séché un cours pour aller à mon rendez-vous, je me suis mis sur mon trente-et-un et tout le reste. Première expérience, je me suis dit qu’elle allait m’aider à voir le bout du tunnel. Assis dans son bureau, comme on voit souvent dans les films, j’étais assez confortable. La première question ou plutôt la première phrase qu’elle me lança fut, « je vous écoute ». Je ne savais pas par où commencer mon discours exactement. Je me suis dit « commençons par le commencement ». Je déballais mon histoire mais dans son regard, je ne voyais ni écoute ni compréhension. Son téléphone vibra à plusieurs reprises, ne pouvant plus résister, elle consulta ses messages. Elle se moucha à deux ou trois reprises. J’ai quitté le bureau sans prendre de rendez-vous pour la prochaine fois. Son regard était trop vide, trop détaché pour m’apporter quoi que ce soit.

Une dose de soleil

De G à D; Danielle Diakebolo, Soucaneau Gabriel et Marithsa Pierre

Il a suffi d’un regard et d’un petit bonjour en cours un matin pour changer les choses. À côté  de l’indifférence de certains, il y en a d’autres qui débordent de chaleur humaine. J’ai croisé une fille (Danielle sur la photo) super sympathique avec laquelle j’ai fraternisé et plus tard le groupe de deux est devenu un groupe de cinq, partageant les hauts et les bas, les victoires et les défaites sur le campus. Et la bonne nouvelle, c’est que nous avons tous les cinq validé notre master 1 et sommes tous admis en master 2.

La leçon à tirer dans tout ça est qu’il faut se construire une armure. Qu’on soit en France, en Haïti, au Congo, au Sénégal, au Brésil, il y aura toujours des batailles à livrer, contre soi-même, contre les autres. L’essentiel est de savoir se relever après les chutes.

 

À bientôt !